Actualités

Avatar : Fire and Ash règne sur le box-office coréen malgré un souffle créatif qui s’épuise

L’année 2026 commence sur les chapeaux de roues pour les Na’vis en Corée du Sud. Pour le premier week-end de janvier, Avatar : Fire and Ash a conservé sa place de leader incontesté dans les salles obscures, confirmant la mainmise de James Cameron sur le marché asiatique. Entre le 2 et le 4 janvier, le troisième opus de la franchise a généré 5,2 millions de dollars de recettes, attirant plus de 630 000 spectateurs. Selon les chiffres communiqués par le KOBIS (le service de suivi du Conseil du film coréen), le blockbuster de science-fiction cumule désormais 44,4 millions de dollars sur le sol coréen depuis sa sortie le 17 décembre.

Pourtant, derrière ces chiffres vertigineux se cache une réalité plus nuancée. Si la franchise Avatar continue de s’imposer comme un géant financier, elle est souvent pointée du doigt pour son manque d’impact culturel durable. On en vient à se demander si cela importe vraiment que des millions de personnes se ruent voir ces extraterrestres bleus si l’intrigue s’évapore aussitôt le générique de fin entamé. Pour ce troisième volet, la question cruciale demeure : au-delà du spectacle, le film est-il bon ?

Un retour sur Pandora au goût de déjà-vu

L’intrigue reprend immédiatement après les événements de La Voie de l’Eau. Jake Sully et Neytiri, toujours en deuil, doivent faire face à de nouvelles menaces. L’histoire se focalise notamment sur Spider, le fils humain de Quaritch, dont la survie dépend de son masque respiratoire, et sur l’émergence des Mangkwan, un clan de Na’vis exilés vivant dans les volcans. Menés par Varang (interprétée par Oona Chaplin), ces derniers s’allient aux forces humaines pour terroriser à nouveau la famille Sully.

Cependant, Fire and Ash peine à reproduire la magie de son prédécesseur. Si La Voie de l’Eau, sorti treize ans après le premier film, bénéficiait d’un effet de curiosité et de prouesses techniques sous-marines inédites, ce troisième chapitre arrive seulement trois ans plus tard. L’effet de surprise s’est dissipé. Pandora reste visuellement époustouflante, certes, mais le spectateur a l’impression d’arpenter un territoire connu. Pire encore, le scénario ressemble à une compilation maladroite des deux premiers films, nous resservant une énième grande bataille pour la colonisation.

Une narration en pilote automatique

Le film souffre considérablement de ses choix narratifs. L’arc de Spider, qui tente de trouver sa place entre un père biologique devenu avatar et un père adoptif Na’vi, calque trop visiblement le parcours initiatique de Jake dans le premier opus. Cameron tente d’y injecter une dimension biblique rappelant le sacrifice d’Isaac, mais cela ne fait qu’affaiblir la caractérisation de Sully. De plus, le développement soigné de la famille et du peuple de l’eau, qui faisait la force du volet précédent, semble ici balayé d’un revers de main. L’intrigue n’avance pas ; elle fait du surplace.

Les nouveaux antagonistes, les Mangkwan, s’avèrent être une idée intéressante mais sous-exploitée, réduisant Varang à une méchante secondaire unidimensionnelle. Quant aux enfants Sully, ils sont relégués au second plan, à l’exception d’une Kiri toujours aussi étrange — une dynamique qui ne s’arrange pas avec une actrice de 76 ans jouant une adolescente. Avec une durée de 197 minutes, le film s’étire en longueur sans la maîtrise du rythme qui sauvait La Voie de l’Eau. C’est probablement la réalisation la moins inspirée de Cameron depuis ses débuts chaotiques avec Piranha 2, validant malheureusement les critiques qui voient en Avatar une coquille vide techniquement parfaite.

La résistance du cinéma local et l’état du marché

Pendant que le blockbuster américain monopolise l’attention, le reste du box-office coréen tente de résister. En deuxième position, le drame romantique sud-coréen Once We Were Us a réalisé un démarrage solide avec 1,8 million de dollars pour 263 925 entrées. Réalisé par Kim Tae-yong, ce film porté par Park Bo-young et Yoo Yeon-seok explore les retrouvailles inattendues de deux ex-amants, confrontés à leurs émotions non résolues.

À la quatrième place, Even If This Love Disappears from the World Tonight, une romance lycéenne douce-amère sur l’amnésie antérograde, continue son chemin avec 4,4 millions de dollars de cumul. Juste derrière, Choir of God débute en cinquième position. Ce film aborde un sujet géopolitique sensible, suivant les efforts de la Corée du Nord pour contourner les sanctions internationales via une ONG hongroise.

L’animation n’est pas en reste avec la sixième place occupée par le dernier film japonais de la saga Crayon Shinchan, suivi par Bob l’éponge et une aventure de Tom et Jerry. Notons également la présence en dixième position de la ressortie anniversaire du classique de Wong Kar-wai, In the Mood for Love.

Au total, les dix premiers films ont généré 10,6 millions de dollars, un chiffre en baisse par rapport au week-end précédent. Si Avatar : Fire and Ash continue de remplir les caisses, il semble confirmer une certaine lassitude créative, laissant un sentiment mitigé : celui d’une industrie capable de produire des milliards sans nécessairement susciter d’émotion durable.