Sorties cinéma

Les critiques ont tout faux : The Mandalorian and Grogu est une réussite secrète pour Star Wars

Il faudrait que quelqu’un vienne récupérer Baby Yoda : il a besoin d’être changé. C’était, en substance, le sentiment général à la sortie de Star Wars : The Mandalorian and Grogu la semaine dernière, accueilli par des critiques de marbre et un public manifestement réticent. Adaptation de la série Disney+ où un Pedro Pascal, obsédé par son casque, expédie sa paternité auprès de la marionnette la plus craquante de la galaxie, ce film est pourtant le premier opus de la saga à fouler le grand écran depuis sept ans. Avec 165 millions de dollars récoltés mondialement lors de son week-end d’ouverture, il signe le plus bas score historique pour un film Star Wars en prises de vues réelles, talonnant de peu l’onéreux Solo : A Star Wars Story de 2018. Dire qu’il y a à peine dix ans, Le Réveil de la Force devenait le film le plus rentable de l’histoire en Amérique du Nord ; comme cette époque semble lointaine.

Les attaques contre le film ont suivi des trajectoires aussi prévisibles que les tranchées de l’Étoile de la Mort. On nous sert le refrain habituel : « ça manque de souffle cinématographique », « il n’y a pas d’arc narratif », ou encore « que vient faire Jeremy Allen White dans cette galère ? ». Clarisse Loughrey, dans les colonnes de The Independent, lui a infligé deux étoiles, le qualifiant de « film Star Wars le plus terne et inconséquent jamais réalisé », avec cette impression de voir trois épisodes de la série simplement cousus ensemble. Officiellement, les scénaristes Jon Favreau et Dave Filoni jurent avoir bâti une intrigue originale après l’abandon des plans pour une quatrième saison. Ces critiques sont recevables ; le film est pétri de défauts, et le rôle de White, ce fils de Jabba le Hutt aussi tourmenté que musclé, est une aberration totale. Pourtant, ne nous y trompons pas : The Mandalorian and Grogu n’est pas le cœur du problème.

Il est désormais admis que la franchise est en crise. C’est le lot de nombreux mastodontes de la culture populaire, de Marvel à Doctor Who, mais Star Wars, trop gros pour échouer comme une banque multinationale, affiche une dérive particulièrement spectaculaire. Depuis L’Ascension de Skywalker en 2019 — un blockbuster chaotique et détesté qui a tout de même engrangé un milliard de dollars — Disney s’est spécialisé dans les annonces de films sans lendemain. Le projet de trilogie des showrunners de Game of Thrones sur les origines des Jedi ? Annoncé en 2018, enterré en 2019. Le film nébuleux de Taika Waititi ? Annoncé en 2020 et toujours coincé dans les limbes de l’écriture. Le spin-off intriguant d’Adam Driver par Steven Soderbergh ? Validé par Lucasfilm puis veto immédiat de Disney l’an dernier. Grogu trône aujourd’hui sur les décombres d’une demi-douzaine de tentatives avortées.

Aimer Star Wars en 2026, c’est vivre dans l’angoisse permanente de son avenir. Jadis pilier de Hollywood, synonyme d’événement cinématographique absolu, la saga traverse une zone de turbulences inédite. Entre la multiplication de séries Disney+ qui ont dilué l’image de marque, une fanbase associée malgré elle à des trolls de tout bord, et un manque de confiance patent dans la direction de Lucasfilm, le constat est amer. Alors que le 50e anniversaire approche, on se retrouve face à un film aux critiques tièdes et aux résultats financiers poussifs.

Pourtant, Star Wars n’a jamais fait l’unanimité. Au-delà de l’âge d’or de la trilogie originale, chaque tentative d’extension a profondément divisé, laissant derrière elle une communauté en éclats. Les préquelles sont-elles des audaces artistiques géniales ou des coquilles vides ? Les suites sont-elles des retours aux sources salvateurs ou des pantomimes sans âme ? Quant aux films indépendants, méritent-ils leur place ou ne sont-ils que les symptômes de l’érosion du sens de la saga ?

Si la franchise génère autant de frustrations, pourquoi restons-nous attachés à ce point ? Parce que les deux premiers films sont tout simplement indépassables. Quand George Lucas a conçu 1977, en fusionnant les serials de science-fiction comme Flash Gordon et la grammaire narrative des films de samouraïs d’Akira Kurosawa, il a créé un univers doté d’une texture et d’un grain uniques. Un monde mystique, rugueux, presque palpable. Chaque film ultérieur tente désespérément de capturer cette essence. Le fait que rares soient ceux qui y parviennent ne fait que rendre ces rares succès plus précieux encore. La plupart des treize films sortis en salles ont leurs atouts, mais à l’exception du duo de tête, tous souffrent de défauts majeurs. Ce qui distingue les meilleurs, c’est cette capacité à raviver cette étincelle originelle que le simple fan-service, aussi poli soit-il, ne pourra jamais recréer.